Gourmandise, luxure, paresse

(Orgueil, poursuite et décapitation (comédie hystérique et familiale))

Voilà l'affaire. Je me suis réveillée au milieu d'un banquet. Il y avait partout des chapelets de saucisses. Je le répète. Je n'aime pas sombrer dans les excès de boisson. Je déteste les graisses. J'enlève le gras du saucisson. La viande de mouton me donne des haut-le-cœur. Je n'ai pas le sens de la fête. Je jalouse parfois les gais lurons. Ceux-là ont l'air de s'amuser. Ils fanfaronnent. J'aimerais parfois participer. Crier comme une soûlarde. Gémir en pleine nuit sur un banc public. Mais j'ai trop d'éducation. Et pourtant, ce matin, lorsque je me suis réveillée, j'ai été prise d'un féroce appétit de manger et boire la vie. J'ai appelé des amies fêtardes. J'ai commandé trois jambonneaux. Des fruits. J'ai appelé une petite fille grasse de ma connaissance, et je l'ai mangée. J'ai tout mangé, mangé, mangé. J'ai appelé mon correspondant allemand. Et puis, je l'ai mangé. Je lui ai sucé les yeux délicatement. J'ai tout mangé. Après, rien ne m'a plus fait peur. Et forte des encouragements de mes amies, j'ai mangé le président. Je l'ai mangé tout cru, avec sa grande femme. Après, j'ai fait un peu de sport pour éliminer tout ça. Après, je suis allée à la piscine pour me maintenir en forme. J'ai fait du vélo jusqu'à la piscine. La piscine est loin. J'ai pédalé, pédalé. J'ai fondu. J'ai perdu toute ma graisse. Et toute ma graisse fondue m'a fait envie. J'ai fait une grosse tartine, avec toute ma graisse, et puis, je me suis auto-mangée. Après, j'ai voulu danser avec toi, mais tu n'as pas voulu. Tu en as regardé une autre. Et puis, je suis rentrée chez moi dans ma petite ville avec mon petit garçon, mes petits amis, mes petites habitudes. Par la fenêtre, je vois le vaste monde parfois. Mon mari est revenu. Il sent la trahison, sur le rebord de la fenêtre. Il sourit à travers la fumée. Je voudrais que mon mari prenne un temps infini pour me caresser, mais il fait tout ça rapidement. Nous dormons dans le lit l'un à l'autre parallèles. Voilà. Je pense ça, moi. Je pense ça, et je suis bien triste. J'ai envie de paresser avec un roman facile. Chez Mounir, l'enseigne est toujours allumée. Les poulets tournent toujours sur la broche. Tous ces poulets. C'est un peu l'enfer pour les poulets, chez Mounir.